Et si il vous était donné la possibilité d’incarner un super héros qui n’en est pas un ? Et si toute vie humaine n’était plus affranchie de l’habituelle et désuète notion de bien ou de mal et devenait simplement de la nourriture ? Et si le sempiternel terrain de jeu ouvert devenait une menace omniprésente ? Prototype est un jeu qui prend un malin plaisir à chambouler la routine qui aime à s’installer dans les beat’em all aujourd’hui, à tel point que l’on se demande si on peut réellement le classer dans cette catégorie. Le caractère hybride du gameplay peut être source de plaisir mais peut également perdre le joueur en chemin si l’aspect multifacette l’emporte sur la solidité du système de jeu. Mais stoppons là ces considérations théoriques et prenons plutôt la manette.Les mésaventures de… mais de qui au juste ?Vous incarnez
Alex Mercer, et votre tâche consistera… à en savoir plus ! Le parti pris du héros amnésique peut sembler être une pirouette scénaristique aisée, mais lorsqu’il s’agit du domaine vidéoludique, cela se révèle être surtout un moteur sans égal pour motiver la progression du joueur. Et même si vous ne savez plus qui vous êtes, c’est sans mal que vous constaterez que les personnes vous entourant ne vous veulent pas que du bien, et que New York semble être en proie à une épidémie sévère. Cette dernière est sans conteste liée à vous, car toutes les polices de la ville sont à vos trousses, à vous donc de fuir tout en essayant de rassembler les indices qui vous permettraient d’en apprendre plus. Enfin, fuir reste une manière de parler, car la plupart du temps dans
Prototype la meilleure défense reste l’attaque, et au vu des capacités dont vous disposez, il serait dommage de se priver !
Le début du jeu vous place directement au cœur de l’action, grâce à un prologue explosif se situant en réalité à la fin du jeu. Comprenez par là que vous aurez accès à toutes les capacités de notre mutant fugitif, et rien de tel pour vous mettre dans le bain… de sang. On a affaire ici à un titre aux proportions gores prononcées : ça gicle abondamment et les démembrements et autres lacérations sont de la partie, on adore ou on déteste, en tout cas, vous êtes prévenus : la recommandation aux plus de 18 ans est largement méritée !
Vos armes principales sont organiques, je citerai en exemple des griffes que vous pourrez planter dans le sol pour une attaque de zone dévastatrice, une capacité permettant des attaques lentes mais puissantes, une lame classique mais redoutablement efficace et un fouet pour attaquer à distance. Le tout semble assez classique sur le papier mais les enchaînements possibles deviennent particulièrement jouissifs avec un peu d’entraînement. Une fois le prologue terminé, vous brûlerez d’envie d’accumuler des points d’expérience (ici appelés
EP pour «
Evolution Points » ) afin de débloquer la foultitude de mouvements disponibles. Au final, pour le fond comme pour la forme, c’est l’eau à la bouche que vous vous lancerez dans l’aventure…
D’aucuns portent des armes, je suis une armeVous voilà donc au commencement (le vrai cette fois ci) de votre périple : la morgue. Sauf que les scientifiques chargés de votre dissection vont avoir une belle surprise…
Départ en trombe, vous vous échappez et tentez de tenir tête à vos assaillants, présents à chaque coin de rue et à chaque minute, tout au long du jeu. N’espérez pas une minute de repos, Prototype est un jeu nerveux, vous pouvez aller où bon vous semble, certes, mais toujours sous les regards de l’armée et des habitants ayant subi les effets du virus.
Que votre choix se porte sur l’attaque ou sur la fuite, vous aurez les cartes en main pour réussir ce que vous aurez entrepris. Le système de
free-roaming est ici magnifiquement représenté puisque n’importe quelle surface pourra être gravie, et c’est un réel plaisir manette en main de courir sur les immeubles en oubliant toute idée de gravité pour ensuite planer sur quelques dizaines de mètres et finalement se laisser choir pour atterrir lourdement au sol, sans une seule égratignure. Cependant, ne vous croyez pas invincible, votre santé remonte progressivement lorsque vous ne subissez pas de dégâts (tel un homme aux griffes d’
adamantium), mais au vu des forces qui vous font face, ce ne sera pas suffisant. Et c’est ici, qu’ un élément primordial du gameplay entre en jeu : l’absorption. Ennemi, infecté ou simple quidam, tout est bon à consommer. D’autant plus que le regain de vie ne sera pas votre seule motivation : vous deviendrez celui que vous absorberez. Dès lors, le champ de possibilités s’élargit considérablement, avec à la clé, l’utilisation de diverses armes, véhicules ou encore l’accès à certains bâtiments. Mieux, du bourrin, vous pourrez devenir l’infiltré, en vous cachant parmi vos semblables, voire en demandant un raid aérien par exemple (bien sûr, ce n’est qu’une légère alternative, et on est loin d’un
Sam Fisher, mais l’effort est louable). Et encore, il ne s’agit là que de l’utilité pratique.
En effet, en devenant l’autre, vous allez aussi acquérir ses souvenirs, et ce sera votre principale piste pour mener vos recherches. S’ouvre alors la toile d’intrigue, sorte de réseau où chaque souvenir est relié et où vous pourrez revoir les vidéos que vous aurez débloquées.
Comprenez bien qu’il n’est pas nécessaire de remplir cette toile à 100% pour terminer le jeu, mais cela reste un bonus sympathique si vous accrochez à l’univers et voulez en savoir plus.
Et d’ailleurs ce point particulier demeure assez symptomatique du ressenti général accompagnant
Prototype : la question de la durée de vie dépend entièrement du joueur et ne sera pas vecteur du scénario mais bien d’un élément viscéral : le plaisir…
Surfin’ Manhattan !Car oui, le caractère jouissif du jeu est de loin ce qui le propulse bien au-delà d’un simple
beat’em all. Que ce soit la fluidité de la jouabilité, l’interaction totale avec le décor ou bien encore la rapidité globale de l’action, rien n’a été laissé au hasard. Regarder quelqu’un jouer peut laisser dubitatif, mais une fois la manette en main, vous serez surpris de constater que l’on puisse allier avec une telle prestance réactivité et chaos général. Le subtile subterfuge des développeurs tient en une touche, ou plutôt une gâchette : R. Maintenir ce bouton active le mode
free-roam et le sprint simultanément,
Alex ira dès lors où lui vous demanderez, faisant peu de cas des divers objets lui faisant obstacle, gratte-ciels y compris… L’autre gâchette active le système de verrouillage, qui dispose d’une idée simple mais précieuse au cœur de l’action : un léger ralentissement du temps vous permettant d’ajuster votre cible en toute tranquillité. Le moteur physique, bien que subissant quelques errements, demeure correct : vous pourrez saisir éléments du décor, armes, civils et militaires pour ensuite les lancer où bon vous semble et personnaliser votre style de jeu à loisir. Ajoutez à ceci la possibilité de détourner les véhicules armés tels que les tanks et hélicoptères, et vous aurez une idée de la pléthore d’options s’offrant à vous pour appréhender les multiples rixes auxquelles vous devrez irrémédiablement faire face.
D’ailleurs, on touche ici à un point sensible qui pourra diviser : l’absence totale de répit. Les rues sont à feu et à sang, et votre seul échappatoire sera de prendre de la hauteur… le temps qu’un hélicoptère vienne vous déloger. La monotonie du mode scénario (consommer telle personne, tuer vos agresseurs, se rendre à tel endroit…) vous donnera envie de vous balader pour remplir par exemple les missions annexes disséminées ça et là (qui comprennent passage de checkpoints, absorption chronométrée, massacre généralisé…) ou encore trouver les orbes cachées si vous êtes collectionneur. Autre objectif secondaire visant lui aussi à rallonger artificiellement la durée de vie : la conquête de bases. La bataille faisant rage en ville oppose deux forces : les infectés et les militaires, et vous pourrez décider soit d’éliminer les « nids » ou de détruire les bases armées, pour donner plus de chance à l’un des deux partis en présence.
Encore une fois, ce n’est qu’un autre prétexte à plus de combats, qui perdent de leur lisibilité lorsqu’ils se déroulent en intérieur, intérieurs qui du reste se ressemblent tous et montrent cruellement l’absence d’inspiration créative des développeurs.
Toujours dans le registre des points qui auraient mérité un peu plus d’attention, on remarquera que les phases en tanks ou en hélicoptère, en plus d’être méchamment répétitives, sont souvent trop longues et imposées, l’explosion de votre véhicule signifiant le
game over instantané… La volonté de renouveler le gameplay est honorable, néanmoins le résultat est loin d’être concluant : au lieu de proposer une alternative agréable au joueur, celui-ci se trouve privé de sa liberté et de sa rapidité, composantes essentielles sans lesquelles le jeu perd de sa saveur. Dommage de terminer sur ces quelques notes un brin pessimistes, mais ce ne sont que de légers bémols au sein d’une partition dont la mélodie saura vous convaincre.
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