La série Resident Evil n’est plus ce qu’elle était, et cet état de fait date du quatrième opus. Loin de répondre aux attentes des fans demandant un retour aux origines,
Resident Evil 5 s’adresse à ceux que l’expérience de la précédente itération avait séduit, et dont (je préfère le signaler dès le début) je fais partie. Certes, on se demande encore pourquoi ce jeu d’action aventure arbore encore le nom de ses aînés tant il s’en éloigne, mais oublions nos principes et concentrons nous plutôt sur un soft dont les atours demeurent somme toute plus que prometteurs. Resident Evil est mort, vive Resident Evil !
Strange Déjà-vu…Alors, oui, que ce soit dit dès le début, les détracteurs du quatrième épisode ne changeront pas d’avis en voyant celui-ci en mouvement. D’autant plus que les lacunes de 2004 sont toujours présentes en 2009, mais nous y reviendrons plus tard. Un vieux héros de la série en la personne de Chris Redfield, ayant subi un lifting graphique pour l’occasion, un scénario lambda impliquant un virus quelconque, une jouabilité toujours aussi frustrante et une dimension horrifique aux abonnés absents : vous êtes bien dans la nouvelle cuvée Resident Evil et il faut bien l’avouer, le mélange ne vieillit pas aussi bien que du bon vin…
Il vous faudra en effet quelques heures pour oublier à quel point la maniabilité du titre est antédiluvienne et, il convient de le dire, complètement à côté de la plaque. Je m’explique. Nous savons dès le début que notre mission consiste à se frayer un chemin parmi des hordes de zombies (pardon, d’infestés), et dès lors, nous serions en droit d’attendre un système de déplacement fluide, propice aux esquives et autres mouvements rapides… Que nenni ! Et même, bien au contraire : Chris est loin d’être dégourdi et ne semble pas avoir appris à tirer en courant (ou même en marchant remarquez…), ni même à recharger en mouvement. D’autant plus frustrant que vos ennemis semblent être au courant de ce qui a fait cruellement défaut à l’entraînement militaire de notre cher protagoniste principal. Vous serez donc constamment assailli de toutes parts et pesterez plus d’une fois contre Capcom et sa politique figée de ne pas changer une recette qui fonctionne... Et lorsqu’il s’agit d’incorporer une nouveauté comme le système de couverture, le développeur en fait un événement contextuel uniquement disponible de temps en temps ! Allez, stoppons la charge ici et soulignons tout de même les quelques améliorations de gameplay qui subsistent : le demi-tour automatique, indispensable, et les raccourcis prédéfinis alloués aux différentes armes de votre inventaire.
Allez, nous sommes déjà passés outre pour éliminer
Las Plagas en Espagne il y a 5 ans, attelons-nous donc à cette nouvelle aventure.
…mais on en prend plein la vue !L’Afrique, il fait chaud, la sueur perle sur le front de notre héros et sur celui de son acolyte, une autochtone de choix, Sheva Alomar. La tension est palpable, les effets de chaleur, d’éblouissement et la modélisation globale des personnages et de l’environnement nous font clairement comprendre que nous sommes devant l’un des plus beaux jeux de sa génération. Mais ne nous laissons pas distraire par tant de beauté, les habitants semblent hostiles et vous allez devoir utiliser la stratégie américaine : tirer dans le tas !
Suivant la mécanique désormais bien connue, un petit tir dans la tête pour déstabiliser l’adversaire, puis courir pour lui asséner un violent direct pour ensuite le finir au couteau : il n'y a pas à dire Resident Evil reste quand même une épreuve pour les nerfs… Les ennemis sauront vous donner du fil à retordre : ils courent, esquivent habilement vos tirs, sont pour certains incroyablement résistants et surtout savent tirer parti de leur plus bel avantage : le nombre ! Ajoutez à ça la rigidité déjà évoquée (on se demande finalement si ce n’est pas un parti pris des développeurs…) et les munitions/packs de soins qu’il faut soigneusement rationner : certes, le côté « horror » s’est fait la malle, mais ne vous en faîtes pas pour ce qui est du « survival », vous serez servis !
Tant et si bien que l’on ressent également une ferme volonté de simplifier le tout. Exit donc le système de valises à acheter pour augmenter la contenance de votre inventaire (celui-ci gardera sa taille originelle tout au long du jeu) mais plus grave, vous n’entendrez plus le fameux « What do you want to buy stranger ? » puisque le mystérieux marchand est absent de cet épisode… En lieu et place de ce dernier, vous accéderez à chaque défaite et avant les missions à un austère sous-menu permettant de refaire le plein. Je vous le concède, l’ajout est assez pratique au demeurant mais ceci ne trouve en aucun cas sa place dans la diégèse du jeu et fait partie de ces détails donnant une impression « arcade » pouvant nuire à l’immersion globale.
Car en effet, nous sommes en face d’un soft qui semble vouloir nous faire vivre l’aventure de plein pied avec une ambiance crédible et des graphismes étourdissants mais qui paradoxalement s’empresse de désamorcer la moindre once d’immersion en usant et abusant des stéréotypes du genre et en piochant délibérément ses idées dans les ténors actuels de l’action aventure (voire même dans le précédent opus… c’est dire !) annihilant ainsi tout effet de surprise. De même, les différents environnements visités s’enchaînent sans réel lien logique et cela nuit grandement à l’homogénéité de l’ensemble (euh… pourquoi doit-on tuer des indigènes portant des masques tribaux et des pagnes déjà ?). Des énigmes simplistes aux QTE éculés, le titre garde les qualités et défauts de son aîné sans se risquer à bouleverser des mécanismes bien huilés… Si bien huilés que finalement, il devient tout de même difficile de poser la manette et on fait vite abstraction de toutes les failles énumérées plus haut pour vivre pleinement l’expérience, d’autant plus que la nouvelle inconnue de l’équation (une jolie inconnue dénommée Sheva) modifie résolument la donne…
Un seul être vous manque et tout est dépeuplé…Car oui, nouveauté loin d’être un détail, la coopération devient le principal intérêt du jeu. Sheva sera toujours à vos côtés pour vous couvrir, vous soigner, vous sauver voire vous donner des munitions quand le manque se fera sentir. Seulement, l’intelligence artificielle de celle-ci laissera souvent dubitatif… Qu’à cela ne tienne ! A tout moment, vous pourrez appuyer sur le bouton Start d’une deuxième manette pour qu’un ami vous prête main forte, et bien sûr, la coopération online est également au rendez-vous.
Le binôme fonctionne à merveille et les développeurs se sont amusés à créer une parfaite antinomie pour leurs deux protagonistes principaux, voyez plutôt : Chris est un homme blanc se servant de ses poings, Sheva une femme métisse se servant de ses pieds. Et même si ils n’ont pas poussé la chose jusqu’à rendre l’un ou l’autre plus habile à utiliser un type d’arme en particulier, vous comprendrez de vous-même qu’il faut mieux se partager la tâche en déterminant à l’avance celui qui se chargera du combat rapproché par exemple.
Alors, certes, quelques écueils demeurent, il est impossible de s’échanger les armes par exemple, ou de laisser un objet par terre pour que l’autre puisse le ramasser (celui-ci disparaît instantanément !) et l’échange de munitions deviendra vite périlleux si vous décidez d’y avoir recours en plein combat ; mais globalement, le fun est au rendez-vous et il est évident que nous n’avons pas affaire à un mode qui se contente de multiplier le solo par deux (comme dans Halo par exemple), mais bien à un véritable exercice de survie en couple, magnifiquement servi par quelques séquences d’anthologie où l’entraide sera prédominante.
Les QTE par exemple, vous amèneront souvent à effectuer une action permettant d’éviter la mort de votre partenaire (ceux-ci sont d’ailleurs très peu présents dans le titre, mais la possibilité qu’ils surviennent à n’importe quel moment ne permet pas au joueur de lâcher la manette, et participe grandement à maintenir la tension tout au long du jeu).
Une bonne synchronisation sera la clé pour activer des mécanismes ou encore venir à bout de certains Boss, donnant lieu à d’épiques joutes qui ne laisseront pas indifférent, malgré encore une fois leur air de déjà-vu.
A noter qu'une fois le jeu fini, vous débloquerez le mode Mercenaires, jouable également à deux (et même dorénavant à quatre online grâce à la mise à jour… payante !?). Ce qui pourrait n’être qu’un insipide bonus se révèle en fait diablement addictif, au même titre que le mode Horde de
Gears of War 2.
Au final, c’est le mode solo qui passe au second plan, car après avoir goûté aux joies de la coopération, il semble être devenu complètement obsolète, un comble pour une série qui autrefois reposait intégralement sur le sentiment d’abandon et de solitude !
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