Quasiment deux années, jour pour jour, après Assassin’s Creed, Ubisoft offre maintenant aux joueurs la possibilité de jouer à la suite de cette jeune franchise alors novatrice du point de vue de son gameplay, de l’époque choisie et d’une ambiance rendue plutôt unique. Mais voilà, toute nouvelle franchise possède également ses défauts et Assassin’s Creed n’y échappait pas. Son action et ses combats hyper-répétitifs ont finalement laissé des critiques mitigées bien ancrées dans l’esprit des joueurs ayant tenté l’expérience. J’en connais même certains qui ont abdiqué après quelques heures de jeu seulement. S’ils avaient persisté, ils auraient pu découvrir un scénario qui, dans ses allures simplistes, proposait une fin qui n’en était pas une, disons plutôt un commencement. Que de questions se posaient à l’issue de cette histoire hors du commun. Faisant moi-même parti de ceux ayant terminé le premier épisode, je peux vous dire qu’il me tardait de voir cette suite arriver sur les étals et enfin avoir quelques éléments de réponses. C’est alors que ce second épisode reprend exactement là où le précédent s’arrêtait, dans les bâtiments d’Abstergo, dans votre chambre-prison, avec tout plein d’écritures sur les murs. Dans cette suite, changement d’époque pour les phases au sein de l’Animus (cette machine qui vous fait revivre la vie de vos ancêtres Assassins), on laisse Jérusalem et les Croisades pour Venise et la Renaissance italienne. On change également de corps pour passer d’Altaïr Ibn La-Ahad à Ezio Auditore di Firenze, un noble florentin qui va vivre un drame familial le conduisant pendant plus de vingt ans de sa vie vers la vengeance. Mais va-t-on trouver du changement quant à la répétitivité globale de ce second épisode. Ezio va-t-il faire mieux que son aîné Altaïr ?Une entrée en matière fracassanteSans vous spoiler l’intro du jeu dans la peau de Desmond Miles, une fois dans l’Animus vous deviendrez donc Sieur Ezio Auditore, un adolescent de Florence en 1476 issue d’une famille noble. Une petite rivalité avec son grand frère, beaucoup d’amour pour sa mère, sa sœur et son petit frère et un grand respect pour son père aux activités un peu secrètes - le héros du moyen-métrage Assassin’s Creed : Lineage n’est autre que le père d’Ezio - il aime les joutes verbales et physiques avec d’autres fils de nobles familles et aime aussi séduire les jeunes filles des ennemis de son père, un peu à la Roméo et Juliette. Mais cette belle vie ne saurait durer encore longtemps. La famille d’Ezio va subir un drame dans des circonstances très sombres, sans doute liées aux activités du père. Vous hériterez de lui votre costume d’Assassin. Et c’est à partir de là que votre histoire commence vraiment. Vous n’avez plus que la vengeance dans la peau.
Là où il y a des gènes, il y a du plaisirAu fil des années et des séquences ADN, dont le principe a été gardé, vous mènerez vos enquêtes et découvrirez les divers complots et projets que tentent de faire aboutir les Templiers. Et ces Templiers sont bien souvent les personnages les plus importants et influents des villes et régions que vous traverserez. Il vous sera donc difficile de les atteindre, car ils sont bien entourés de gardes. Tout commence à Florence, votre ville natale, par la suite vous passerez par Romagne Forli, Venise et d’autres campagnes de Toscane tout au long de ces vingt années. Vous rencontrerez également une myriade de personnages secondaires qui vous aideront dans votre quête, vous guideront et vous apprendront de nouvelles techniques. Un des personnages, dont on a sans doute le plus parlé, est Léonard de Vinci. A cette époque il était lui aussi un jeune homme, déjà génie et inventeur. C’est lui qui décodera vos pages de Codex que vous déroberez pour la plupart dans les banques du Vatican ou bien sur vos victimes. Grâce à ces documents tantôt philosophiques, tantôt techniques, De Vinci pourra vous concevoir des armes ou en améliorer d’autres.
Vous n'agirez plus tout seulLes séquences ADN, toutes plus ou moins calquées les unes sur les autres dans
Assassin’s Creed, induisaient ce côté ultra-répétitif tant reproché. Dans
Assassin’s Creed II, ce défaut majeur se voit quasiment effacé. Cette fois, les séquences ADN comportent un nombre de phases inégales répondant au besoin du scénario. Vous ne ferez pas deux fois la même mission pour ce qui concerne la quête principale. De plus, il faudra être assez stratégique et ne pas hésiter à engager des factions pour parvenir à ses fins. Ces factions sont une des grandes trouvailles de ce nouvel épisode. Elles vous permettront d’appréhender de différentes manières les missions. Payez-vous quelques filles à la jambe légère, les Courtisanes, et envoyez-les distraire ces pauvres soldats qui n’en restent pas moins des hommes. Engagez des Mercenaires qui avec leurs armes lourdes vous seront d’une grande aide lors de vos combats. Ou bien engagez des Voleurs, très rapides et très agiles, ils sauront vous suivre jusque sur les toits (ce n’est pas le cas des autres) et pourront déconcentrer vos ennemis lors des combats bien que ce ne soit pas leur spécialité, ou encore les attirer loin de vous en provocant les soldats. C’est vraiment un système bien sympa à utiliser, malgré quelques limites : une seule faction à la fois ; et chaque faction ne se compose que de quatre personnages. On aurait bien apprécié pouvoir associer les factions et pouvoir toutes les diriger depuis les toits un peu à la façon d’un RTS, mais non, vous devrez mouiller la chemise à chaque fois, car même les Mercenaires, sans vous, ne tuent guère de soldats. Du coup avec cette limite d’une seule faction à la fois, on ne peut pas non plus bénéficier de l’aide de deux groupes de mercenaires par exemple. Pourtant les capacités techniques de la console le permettent, car à l’occasion de quelques missions, une petite dizaine de Mercenaires vous vient en aide. Alors pourquoi cette limite ? Mais bon, cette idée de se faire aider reste tout de même un essai bien transformé par les développeurs.
Un peu de POP, de puzzles et de RPG dans ACII...Outre votre quête et vos assassinats, de nombreuses autres activités vous attendent, plus ou moins liées à l’histoire. Certaines ont été reprises du premier épisode tels que les courses de rapidité, le vol de bourse ou de courrier sur certains passants, la chasse aux plumes ou les trésors reprenant le principe des drapeaux mais dans une plus petite mesure (les drapeaux étaient vraiment une exagération du premier
Assassin’s Creed). Mais bon rien de transcendant non plus. Par contre d’autres nouvelles activités secondaires font leur apparition et elles sont grandioses. A commencer par les tombeaux d’anciens Assassins dont il vous faudra trouver l’entrée secrète au sein de certains bâtiments des différentes villes. Et là, dans un gameplay de plate-forme proche de ce qu’on a connu dans
Prince of Persia, le but dans ces tombeaux sera de trouver son chemin pour arriver sur la tombe de l’Assassin en question et en récupérer son sceau. Je ne vous dévoile pas ce que vous obtiendrez en trouvant tous les sceaux, mais ça vaut largement le coup. Et ça créé un lien énorme avec l’aventure précédente. Toujours dans vos activités secondaires, il vous faudra aussi dénicher sur certains bâtiments les « glyphes », laissés là par le fameux sujet 16 (vous, vous êtes le sujet 17). C’est alors que des énigmes à la Da Vinci Code se lanceront et là il faudra pour la plupart vous tordre les méninges. Entre des roues codées, des associations de tableaux de maître, des recherches d’indices sur des photos, j’en passe et des meilleures, je peux vous dire que vous allez souffrir. Mention spéciale à l’énigme reprenant les chiffres sumériens pour laquelle un voile de fumée a dû sortir de ma tête… La résolution de ces énigmes tentera de vous expliquer des éléments de l’histoire de l’humanité, mais bien sûr ça reste très flou, pour autant c’est là aussi grandiose et en plus j’en suis certain, cela créé un lien vers le futur troisième épisode de la série (depuis le départ on sait qu’
Assassin’s Creed est une trilogie). C'est un sacré mélange entre fiction et Histoire avec un grand H (celle de l'humanité) que nous propose ce jeu. L'énorme base de données historique réelle aidant à propos de certains personnages et des bâtiments ou des villes (Venise est plutôt bien restituée, la place San Marco est criante de réalisme) et tout ça nous embrouillerait presque et nous ferait dire : "Et si tout ça était la vraie Histoire de l'humanité"... en tout cas, la magie opère...
...et aussi du Sim CityEt si tout cela ne suffisait pas, vous deviendrez également le gérant d’une petite cité, Monteriggioni, laissée en piteux état par vos aïeux et qu’il vous faudra ré-enrichir grâce à l’argent que vous récupèrerez en remplissant vos quêtes ou bien en pillant les trésors, vous pourrez réhabiliter les échoppes (Forgeron, Tailleur, Marchand d’Art et Médecin), la banque et d’autres bâtiments. Libre à vous de dépenser votre argent dans votre armure, dans vos armes, dans des tableaux et chacun de vos achats vous permettra d’enrichir un peu plus votre cité et votre villa. Cet endroit deviendra réellement le cœur du jeu, et les allers-retours vers Monteriggioni seront légion. C’est là que vous regrouperez vos pages de Codex déchiffrés par De Vinci pour en résoudre l’énigme ultime, c’est là que vous viendrez déposer vos sceaux pris sur les dépouilles des anciens Assassins, c’est là que vous pourrez choisir votre équipement, c’est là que vous viendrez déposer les plumes trouvées au hasard, c’est là que vous passerez vos commandes auprès de votre architecte pour améliorer les bâtiments de la cité, c’est là que vous vous entrainerez au combat (et ce n’est pas toujours gratuit), etc… Cet espace de liberté et de gestion laissé au joueur est également l’une des très bonnes trouvailles de ce jeu.
Tous ces éléments à l’apparence secondaire sont, au final, indispensables et ils anéantiront l’envie de rusher le jeu sur sa quête principale. Non seulement, les villes et quartiers sont nombreux à débloquer avec pour chacun leur lot de séquences ADN, mais nul ne pourra résister à l’envie de tout découvrir (les tombeaux, les glyphes) et de développer cette cité de Monteriggioni à son maximum. Ainsi la durée de vie du soft devient très importante. Et si vous voulez courir après les plumes et les succès inhérents, rajouter une poignée d’heures supplémentaires. Vraiment, sur sa durée de vie,
Assassin’s Creed II ne peut décevoir les joueurs.
Un Assassin ça a du style...Sur le fond, pas de doute,
Assassin’s Creed II fait très fort, c’est même incomparable par rapport à son aîné, mais sur la forme, celui-ci ne fait guère mieux. En même temps, il y a deux ans, nous étions déjà devant un jeu très beau, fluide, au level design extrêmement bien conçu, fouillé et affiné à l’animation du perso, donc là c’est similaire, juste un petit chouïa de mieux. Cependant, les mêmes défauts persistent, les textures lointaines un peu en retard, des petits bugs d’affichages dans quelques rebords de fenêtres et autres coins de bâtiments scintillants, quelques bugs de collisions qui m’ont même semblé un peu plus nombreux dans ce deuxième opus. Mais bon, on sait bien que c’est en grande partie dû aussi aux limites techniques de la Xbox 360 (et de la génération de console HD actuelle). Toutefois, on notera un gros travail sur les lumières, l'ajout d'un cycle jour/nuit aide à rendre magique certains angles lors de nos escalades urbaines nocturnes. Par exemple, lorsque vous arrivez sur un toit avec la lune en toile de fond ça émerveille pas mal. Aussi le héros et les personnages secondaires bénéficient d’une animation et d’une finition graphique de très bonne facture, j’adore le rendu des bijoux ou des accessoires qui ne sont pas de simples textures mais bel et bien des éléments à part entière posés sur les personnages, les mouvements réalistes de la capuche d’Ezio, le réalisme dans les yeux et clignement d’yeux des perso. C’est vraiment fignolé. Par contre je comprends moins bien les épées ou les épaulettes qui traversent la cape d’Ezio… Rien ne peut être parfait, mais honnêtement on ne peut pas « assassiner » Ubisoft pour ces quelques menus détails car globalement on est quand même devant un jeu très beau, très détaillé et très vaste, qui plus est sans aucun chargement dès lors qu’on reste dans la même ville (même région) et ça ce n’est pas rien pour le confort du joueur.
...ça bouge bien...Le beau Ezio bouge tout aussi bien qu’Altaïr en son époque, il sera même plus rapide voire plus agile sur certaines phases de grimpette. Cette fois on pourra se raccrocher à un rebord en cas de grosse chute, on pourra également sauter plus haut lorsqu’on en aura acquis la capacité, mais pour autant cette dernière vient quand même un peu semer la confusion dans les commandes du héros. Et à cause de cette possibilité de sauter plus haut en devant se raccrocher, vu qu’on utilise le même bouton pour raccrocher un rebord ou s’en décrocher, cela nous amène à faire du yoyo entre deux étages… un peu irritant quand même, surtout lors des phases de tombeaux où votre agilité sera mise à rude épreuve. D'autant que bien souvent, dans ces temples, le temps vous sera compté pour atteindre tel objectif, tel interrupteur. Sur sa maniabilité, je crois que le jeu reste perfectible. Ce n’est pas injouable, loin de là, mais quand on demande au joueur d’être précis, on lui propose les commandes précises correspondantes… Pour finir sur les mouvements du héros, il est impossible de ne pas relever qu’enfin on peut tomber dans l’eau sans se désynchroniser. C’est formidable Ezio sait nager. Et heureusement pour les joueurs, car proposer une action en plein cœur de Venise sans avoir cette compétence pour le perso aurait agacé bon nombre de joueurs et je les aurais compris.
...et ça sait se battre !Après l’agilité d’Ezio, nous en arrivons à ses capacités lors des combats. Surtout que c’était là aussi l’un des points rébarbatifs du premier opus. Cette fois, vous aurez un panel de mouvements et d’armes incomparables. En plus des combats à la lame, devrais-je dire à la double-lame, à l’épée, à la dague ou à mains nues, vous aurez une foultitude de possibilités, de tactiques et de fatalités (appelons-les comme ça) qu’il vous faudra en plus adapter à vos ennemis qui eux aussi présentent différentes compétences. Il vous faudra trouver la faille pour chacune des catégories de soldat, les Brutes et les Agiles étant les plus difficiles à combattre. Une grande nouveauté, c’est lors d'un combat à mains nues, de pouvoir arracher l’arme de votre ennemi et s’en servir contre lui. Cela vous permet de pouvoir combattre avec des armes que vous ne pouvez pas vous offrir chez les forgerons, telles que la hache et la lance. Et je peux vous dire qu’avec ces deux armes là, il y a de quoi jubiler en chargeant ses coups. Il existe même une fatalité avec la lance que vous plantez tout d’abord dans l’abdomen de votre ennemi, la lance se brise et vous lui enfournez le second morceau en plein visage… quand on voit ça, on comprend mieux pourquoi ce jeu a obtenu un PEGI +18, d’autant que le sang ne manquera pas de couler le long de vos lames. Et si vous préférez le combat de loin, vous pourrez toujours lancer des couteaux mais aussi une fois que vous aurez l'arme adéquate, tirer des balles à distances. Une arme somme toute pas évidente à bien maîtriser…
Mais, malgré toutes ces possibilités, les combats restent, dans leur système, assez répétitifs : on attendra d’être attaqué afin de lancer une contre-attaque, ou bien de l’esquiver afin de prendre l’ennemi à revers et déclencher sa mise à mort. Petite chose encore sympa, à mains nues on pourra les aveugler en leur balançant du sable dans les yeux ou bien on pourra éviter les combats en lançant un fumigène et fuir les lieux. On pourra également empoisonner discrètement un garde qui va devenir fou et décimer ses collègues, très marrant à voir.
Reste encore les combats à cheval où même celui-ci vous aidera en donnant des coups de sabots aux soldats. Soit dit en passant, il faut bien reconnaitre que les développeurs se sont attardés sur des détails rien que pour faire plaisir à ceux qui sauront les percevoir. Et les détails autour du cheval sont nombreux, grimpez sur votre étalon et ne bougez pas, vous allez voir à quel point les mouvements de ce cheval sont réalistes et affinés, et comment Ezio bouge en harmonie avec son animal.
Aujourd'hui c'est CarnavalD’autres détails qui font un grand jeu se situent sur la vie qui grouille au sein des villes. Les passants et badauds sont nombreux, variés et réactifs à vos actions. Vous pourrez même leur jeter des pièces afin de semer la confusion auprès des gardes. Les ambiances diffèrent selon les quartiers. Souvent les répliques que vous lancent les passants sont hilarantes (avouons-le, elles sont aussi répétitives mais bon c’est plus sympa qu’elles soient là que pas du tout). Un des grands moments du jeu reste le Carnaval de Venise où les gens sont déguisés, les feux d’artifice illuminent le ciel et les places populaires. On est même presque déçu de terminer cette séquence tellement l’ambiance est excellente. On en redemande…